Alain-Fournier . . . Propos de Jacques Rivière . . .
« Fournier tomba, frappé au front, m'a affirmé un homme qui était près de lui.
J'ai refait à pied, en 1919, la dure dernière étape sur cette terre de mon ami. Pays affreux, sur lequel pesait une solitude vraiment monstrueuse. De Ranzières, j'ai gagné Vaux-les-Palameix, rasé, enlevé par la guerre...
Plus loin encore, à la lisière des bois, au bord de la pente qui descend vers St-Remy, dans les parages où Fournier a dû tomber, sur les anciennes positions allemandes, les Américains, en 18, avaient campé... Une paix cependant, désolante, infinie... Le vent berçait les arbres ; une odeur de fraises me venait. »
Jacques Rivière
. . . Propos de Marcel Cordier . . .
Article de Marcel Cordier publié dans « Découvrez les Côtes de Meuse », 1980.
Alain-Fournier (Henri Fournier) est mort en terre lorraine. "Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles..." C'est en 1913 que Charles Péguy écrivait ces vers prophétiques. Lui-même tombera le 5 septembre 1914, quelques jours avant son ami Alain-Fournier.
Henri Fournier rencontre en 1905 "la belle jeune fille" qui deviendra Yvonne de Galais dans son célèbre roman. Le Grand Meaulnes symbolise bien la recherche idéale de la pureté et du bonheur à laquelle s'est lancée toute une partie de la jeunesse qui bientôt sera fauchée par la mitraille.
Isabelle Rivière, sa sœur, se consacra toute sa vie à la mémoire de son frère. Je l'ai rencontrée en 1967 dans la maison natale de son frère. Je l'interrogeais sur l'encrier en forme de cœur mentionné dans le livre :
- "Pas du tout me répondit Isabelle, je l'ai toujours." et elle alla me chercher l'objet, effectivement en forme de cœur.
À ma question sur "Quelqu'un" avec une majuscule à la fin du livre, elle répondit :
- "Pour la petite Yvonne de Galais, le Grand Meaulnes était Quelqu'un, un être exceptionnel, un dieu si vous voulez."
En tout cas, le 18 juin 1971, sans aucun doute, Quelqu'un... attendait Isabelle Rivière.
Marcel CORDIER

