AVANT TOUT IL VOUS FAUT DES TRUFFES
L'éducation d'un jeune chien est assez facile, en théorie,
mais nécessite des connaissances en psychologie canine
et du temps pour que l'animal apprenne à délaisser
ses instincts de chasse (gibier, mulots etc.) au profit d'un
travail. La méthode est la même que pour les chiens
qui recherche de la drogue ou des explosifs. Le problème
majeur pour le néophyte est de trouver des truffes ou
des brisures en quantité suffisante pour parfaire l'éducation
du chiot.
Vincent
: Si
vous êtes doué en psychologie canine une truffe
de 20g suffira ! J'exagère un peu , disons que si
le chien est bien choisi, si le maître sait y faire, il
n'en faut pas beaucoup pour lui apprendre le "goût"
de la truffe. Bien sûr, à ce moment, il n'est pas
encore ce que j'appelle "performant". Il faut continuer
l'éducation en milieu naturel pour que le chien se déclare
il faut parfois des mois selon le chien. Même s'il faut
très peu de truffes au départ, il faut parfaire
ces capacités dans une truffière plantée
ou spontanée.
D.
Pour notre part, c'est en adhérant à une association
qu'ont pu se faire ce type d'échanges. C'est une relation
de confiance. Après, c'est vraiment simple, chaque maître
a sa façon de procéder. Allez sur le site sur le Lagotto Romagnolo (chien truffier), il donne une
très bonne technique d'éducation que nous avons
déjà utilisé, ainsi que des recettes sur
les truffes. Vous y trouverez également une explication
de l'essentiel de la biologie de la truffe et des conseils culinaires. Si
vous n'avez pas de truffes, il existe un produit à base
d'arômes de truffe le Canitruffe.
Il faut donc retenir 3 principes généraux
essentiels :
Evitez de choisir un chien
de chasse.
Tous
les chiens font l'affaire, évitez tout de même de
choisir un chien de chasse car c'est vraiment difficile de refréner
l'instinct de chasse : chevreuil ou truffe, le chien fait vite
son choix. Il faut obtenir que le chien préfère
chercher la truffe. Cela demande de la patience et de la fermeté...
Si la truffe est bien récompensée et si l'endroit
où le chien travaille est une truffière, votre
chien aura vite fait de comprendre que s'il les trouve il aura
ses petites récompenses préférées.
Tous les chiens ont un un instinct de chasse plus ou moins fort
que ce soit pour le lapin, le mulot ou le cerf, il faudra à
un moment ou à un autre que le maître lutte contre
cet instinct, sinon il prendra le dessus que la recherche aux
truffes.
"Jouez" en associant
odeur de truffe + récompense.
L'éducation
idéale s'obtient par le "jeu". Surtout pas de
récompenses trop salées ou trop sucrées !
Il ne faut jamais oublier les récompenses et surtout ne
jamais récompenser un chien qui n'a pas trouvé
de truffe (on renforce positivement l'échec, ce qui perturbe
l'apprentissage, créé une confusion). La rigueur
est primordiale pour obtenir des résultats efficaces.
Vous pouvez commencer par jouer chez vous dans la maison à
chercher des truffes.
Répétez fréquemment
les exercices : une professionnalisation.
L'autre
difficulté est de trouver des zones susceptibles de produire
des truffes pour que le chien puisse s'entraîner et se
perfectionner. Pas de secret : ou bien vous connaisssez un trufficulteur
et une truffière ou bien vous marcherez beaucoup, dans
ce dernier cas si le chien ne trouve pas il va vite se fatiguer
et être plutôt attiré par la chasse... normal...
non ?
Si vous
voulez en savoir plus consultez le livre "La Truffe
de Bourgogne" (p.174-181)
Il
va sans dire qu'il faut aimer son chien (1), c'est cela l'essentiel : il
faut l'encourager, le motiver, le récompenser, lui montrer
que l'on est satisfait, car le chien se fatigue très vite
(et le maître aussi !). S'il est facile d'apprendre à
son chien à chercher les truffes, on peut encore accroître
l'efficacité de l'animal avec une éducation "professionnelle".
Dans ce cas, le chien devient, en matière de truffe, l'équivalent
des chiens gardiens de troupeaux, de sauvetage, de recherche
de drogue ou d'explosif, ce sont des pros !
Certains
éducateurs canins vendent des chiens de race dit "truffiers".
La question est de savoir s'il existe réellement des variations
dans les seuils de perception de la truffe qui dépendraient
du facteur "race de chien" . Difficile à étudier
réellement scientifiquement car on sait que l'odorat chez
les mammifères est lié aussi à l'apprentissage
et la mémoire "émotionnelle". Peut-être
que l'étude du nombre de récepteurs olfactifs serait
déjà une piste.
 |
(1) Précisons
ici les limites de l'expression "aimer son chien".
Cet "amour" amène parfois le propriétaire
de l'animal à confondre comportements humains et canins.
Les éthologues ont montré que des attitudes anthropomorphiques
peuvent perturber voire "névroser" le chien.
Nous vous recommandons le livre de Joël Dehasse :
L'education du Chien de Joël Dehasse
Pour
en savoir plus sur la psychologie canine allez voir :
les conseils
de Joël Dehasse et Ethovet.com
|
QUESTIONS :
1. Est-ce facile
d'éduquer un chien ?
D. Ce n'est pas donné
à tout le monde... même si c'est à la portée
de tous. Il faut une certaine "intelligence" canine,
être capable de comprendre les comportements du chien sans
anthropomorphisme. Pour beaucoup de gens, le dressage à
la recherche des truffes est un mystère, c'est surtout
un savoir-faire allié à de la patience.
2. Peut-on dresser
un chien de chasse à chercher les truffes ?
D. J'ai reçu un
courrier d'une personne dire « Mon chien allait aux truffes
la première année, puis la saison suivante il s'est
mis à chasser... Il était cassé. Nous l'avons
donné à un chasseur. » Pour moi, ce constat d'échec
reporté sur le chien est un peu rapide. C'est une erreur
d'éducation de la part du maître. Ce dernier doit
être capable de renforcer des comportements autres que
ceux de la chasse... Vincent
que penses-tu de ce problème de chien qui chasse ?
V. Je pense que cette personne n'a
jamais vu de chien vraiment "cassé". Et en plus
j'ai du mal à supporter les gens ne voyant dans leurs
chiens qu'un instrument dont il se débarrasse s'il est
abîmé... A partir du moment où un chien est
bien dans sa tête, il en faut beaucoup pour le rendre
irrécupérable (comme des chiens ayant, par exemple,
une mauvaise socialisation ou une mère absente lors des
premiers mois de vie. Ils peuvent alors devenir totalement inadaptés
à une vie sociale). Il est probable qu'elle n'a pas su
intéresser son chien alors celui-ci a trouvé
une occupation... ou une façon de fuir si
elle est trop exigeante (trop anxiogène serait plus exact).
Le problème, pour nous éducateurs de chien truffiers,
avec les chiens dit "de chasse" (ce qui est mon cas,
j'en possède un) c'est que justement ils sont sélectionnés
depuis des générations pour leurs qualités
lors de la chasse (arrêt, rapport, etc.).
Les spécialistes actuels s'accordent à dire
que le caractère d'un chien est conditionné par
20% d'inné (génétique) et 80% d'acquis (éducation).
Nous avons 80% pour atténuer les 20%... Faisons un petit
effort ! Cela dit, certains chiens ont un instinct si developpé,
que les refréner devient vite épuisant ! On n'achète
pas une Ferrari pour aller se balader dans les chemin ou un 4x4
pour faire les 24H du Mans. Mais bien sûr on peut toujours
aller dans les champs avec une Ferrari, c'est possible. Tout
dépend des performances que l'on souhaite.
Alors
que penser de l'instinct de chasse qui correspond à un
besoin primordial de survie : se nourrir. Tous les jeux ayant
un caractère "de chasse" ou de défense
du territoire, alors attention à l'ambiguïté
du mot JEU. Les éthologues pensent que le jeu
permet à l'animal d'ajuster ces comportements de prédation,
il y a l'instinct d'une part puis la pratique d'autre part. C'est
l'instinct + l'apprentissage par essai/erreur qui permettra à
l'animal de chasser efficacement pour se nourrir.
Comment
corriger des comportements que l'on juge mauvais ? On peut appliquer
le même principe pour l'instinct de chasse :
Il existe
de multiples méthodes pour canaliser le chiot ou, au pire,
le chien si c'est trop tard. En ce qui concerne l'instinct de
chasse voici quelques recettes, non exhaustives.
- Les jeux ayant, pour le chien, un caractère "de
chasse" (jet d'une balle, tirer sur une corde, courir après
nous...) doivent être inscrits dans un cadre bien définit.
Le principe fondamental est de toujours associer le geste et
la parole.
Il faut jouer à ces jeux avec le chien en lui répétant
toujours le même mot. Par la suite, et de façon
naturelle, ce mot deviendra un ordre, c'est-à-dire que
le plaisir ressenti par le chien en jouant sera perturbé
si, dans le même temps, il n'entend pas son maître
prononcer le mot-stimulus. Il sera en position de "demandeur",
en attente de parole pour réaliser l'action : c'est bien
cela que l'on nomme un ordre.
Ces jeux
permettent d'avoir un contrôle partiel sur le caractère
du chien. On peut réussir à fortement atténuer
l'instinct, jamais le supprimer totalement, c'est mon avis. C'est
pourquoi il faut savoir doser la quantité de jeux, au
risque d'obtenir l'effet inverse et de renforcer cet instinct.
Autre
point fondamental : c'est à l'homme d'être l'initiateur
du jeu et c'est également à lui de l'arrêter.
Ce n'est pas au chien de décider quand et comment jouer
!
Toutes les actions interrompues par le maître tendent à
diminuer. Si un chien est systématiquement arrêté
lors d'une action comme creuser des trous, courir après
un gibier, il aura tendance à ne plus réaliser
cette action car elle perd de son intérêt. Le problème
avec l'instinct de chasse, c'est qu'il faut arrêter le
chien AVANT qu'il ne courre. Un bon rappel est gage de pouvoir
stopper son chien le cas échéant. Un bon rappel
est gage de pleins de choses et au final d'avoir un bon chien
en général. L'adolescence est un cap dont il faut
tenir compte, comme nous, les chiens développent une crise
d'adolescence. Il faut attendre qu'elle passe. Laissons-les faire
leurs expériences, nous n'avons pas le choix. Et ne concluons
pas trop vite si, par exemple, un chien ne revient pas à
l'âge de 8 mois ou si il se met à découvrir
les plaisirs de la chasse à deux ans. Ce qui est important
c'est de ne pas permettre au chien de développer ses instincts
("l'adolescence" est la période où le
chien va tout essayer) .
La solution de la correction vient comme un plus et doit
être utilisée, mais pas comme principe de base.
Encore faut-il savoir utiliser ce moyen ! Il faut garder toujours
à l'esprit que le chien est un animal social qui a des
comportements de meute et dans une meute les rapports entre les
congénères sont régulés par des comportements
rituels d'agression, qui ne vont rarement jusqu'au conflit. Pour
un chien dominé, une voix forte et grave du maître
peut suffire à le remettre à sa place. Son cerveau
a vite fait d'associer un stimulus désagréable
avec une action qu'on ne veut pas renforcer. La correction est
un processus naturel par lequel le chien doit retrouver sa place
de dominé, ce n'est en aucun cas un acte de violence
envers l'animal mais elle doit être considérée
et recadrée comme un comportement de régulation
du groupe : le maître doit donc savoir utiliser la correction
avec sang-froid et non comme un défouloir ou un manque
de self-contrôle... Un principe de base : ne jamais corriger
son chien si l'on est soit même enervé. A ce moment
là, mieux vaut une correction verbale uniquement.... et
courte.
Une dernière
remarque : les chiens utilisés pour la chasse et bien
dressés obéissent strictement à leur maîtres.
Jamais ils ne vont courir après un gibier sans en avoir
reçu l'ordre. Pourquoi les chiens truffiers seraient-ils
différents ? Ces chiens sont des animaux à
usage professionnel qui nécessitent beaucoup de précaution,
de rigueur de la part du dresseur.
© Texte
revu et corrigé en septembre 2002.
Droits réservés. Vincent et DG